Son grand frère passe près et lui lance d'un air malin : "si l'on baille dans un courant d'air, il paraît que l'on peut rester bloqué la bouche comme ça". Et il mime une grimace. Cette phrase que son frère prononce à ce moment-là se grave en lui. Elle devient une phrase en laquelle il croit. Il devient l'enfant courant d'air. Celui qui court plus léger que l'air. Celui qui a peur tout le temps de rester bloquer, dans une affreuse grimace. Et voilà que sa vie se résume à ça, à cette peur là : il est dans deux sentiments en même temps, deux situations, deux extrêmes. Il est Romulus et Rémus. Il est Narcisse et Echo. Il est comme ça, dans l'inquiétude du vent qui s'engouffre en lui. Il est vide, comme une pièce, entre porte et fenêtre. C'est très bizarre comme sentiment : cette peur (angoisse?) de se figer, de rester là, parfaitement bloqué, entre passé et futur. Les courants d'air, perpétuels, ça vous creuse un enfant ou un homme et jusqu'à la mort ça sera pareil, c'est ce qu'il se dit. "C'est pas grave", faut juste qu'il se dise ça de temps en temps : "c'est pas grave, je suis l'enfant courant d'air, traversé, traversant, entre porte et fenêtre, libre aux vents". Et seulement alors il reprend son souffle.